Voyager enceinte sous l’épidémie du virus Zika

C’est ma mère, la première, qui m’a donné l’information quelques jours à peine avant notre départ. Ses mots étaient ceux d’une simple mise en garde conjuguée de quelques conseils attentifs: “…Zika… virus au Brésil qui affecterait le foetus… le même moustique que celui de la dengue et du Chicungunyua… protège-toi d’eux… tu les connais de toute façon…” Oui je les connais et oui j’ai cohabité avec eux durant des années. Et jamais ces moustiques et leur morsure ne m’ont tracassée et angoissée autant qu’ils ne le font en ce moment. Car les messages d’horreur ont ensuite pullulé dans les médias et sur les réseaux sociaux avec des titres tels que: “le virus Zika ou le nouveau fléau des bébés brésiliens” ou encore “le zikavirus envahi l’Amérique Latine”, titres sensationnalistes d’articles aussi creux qu’alarmistes. Après quinze jours à entendre incessamment parler de ce virus et de son moustique vecteur, après des jours de lutte incessante pour garder mon sang-froid contre la psychose qui semble s’être emparée du monde socio-médiatique, j’ai craqué… L’angoisse m’a submergée et les larmes, intarissables ont coulé… Le voyage s’annonce sous le signe de la peur constante d’un misérable insecte! Que faire alors? Rentrer? Oui… mais ce serait céder à la panique et il n’en est pas question. La vie continue et elle doit continuer…

Alors que faire si l’on est enceinte et en voyage dans un (ou les) pays où sévit le virus Zika? Pas grand chose de miraculeux, mais voici quelques conseils et informations que j’ai pu trouver sur différents sites internet avec des données autrement plus sérieuses que celles des journaux et réseaux sociaux.

1) Qu’est ce que le virus Zika ou Zikavirus?

C’est une fièvre du même type que la Dengue ou le Chikungunya, transmise par le même moustique: l’aedes aegypti dit le moustique Tigre. Dans 70 à 80% des cas, le virus Zika est asymptomatique et passe donc inaperçu contrairement à ses homologues, mais pour les 20% restants, le Zika peut engendrer une fièvre légère, des douleurs musculaires et articulaires, de la fatigue et une éruption cutanée parfois accompagnées d’une conjonctivite. Ces symptômes apparaissent quelques jours après la piqûre et disparaissent après 2 à 7 jours.

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Moustique Aedes Aegypti ou le moustique tigre

2) Où sévit le moustique Aedes Aegypti (Tigre) et le virus Zika?

Le moustique tigre vit partout où il fait chaud et humide. Il aime particulièrement l’eau stagnante, et il lui suffit d’une petite zone d’ombre sous des températures tropicales pour s’y reproduire à son aise. Ainsi, le moustique tigre se retrouve dans les zones tropicales et équatoriales de l’ensemble de la planète, et partout où la Dengue et le Chikungunya existent, le virus Zika est susceptible d’exister aussi.

Concernant ce dernier, si l’on en croit les médias et l’OMS, c’est actuellement l’Amérique Latine qui est sous les radars! Tout le continent à l’exception du Chili et peut-être de l’Argentine, les ¾ de l’Amérique Centrale, les Caraïbes, Hawaï et le Mexique seraient les pays contaminés par le virus Zika avec la Colombie et le Brésil comme chefs de file. Si l’on fait des recherches plus poussées, notamment par région, on constate que le Nord-Est du Brésil, particulièrement les provinces de Pernambuco, Paraíba et Bahía, sont les plus touchées par le virus et par une étonnante croissance des naissances de nouveaux-nés malformés…

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Pays où sévit le virus Zika, source OMS – Semaine épidémiologique du 16 au 23 janvier 2016

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À titre de comparaison, pays où sévit le virus Zika selon le quotidien anglais Mirror, 27/01/2016

3) Pourquoi le virus Zika est dangereux pour les femmes enceintes?

Selon les médias traditionnels, l’OMS et la section “conseils aux voyageurs” des différentes ambassades (France et Canada notamment), le virus Zika serait néfaste pour le foetus, notamment entre les 1er et 7ème mois de la grossesse. Il causerait chez les bébés dont la mère aurait contracté le virus durant sa grossesse, une microcéphalie qui est une taille anormalement petite du cerveau des bébés. La microcéphalie est ensuite porteuse de tout un tas de problèmes au niveau du développement cognitif, moteur et du langage de l’enfant. En fait, lorsqu’on se rapporte aux données offertes par le ministère de la santé du Brésil ainsi que celles rapportées dans les journaux scientifiques locaux (Brésil et Argentine notamment), le virus est connu depuis les années 40 et c’est seulement en 2015, qu’une possible relation entre le virus Zika et la microcéphalie a été mentionnée par le Brésil lui-même. En effet, alors que ce dernier observait une montée en puissance de l’épidémie dans la région du Nordeste (avec les provinces que j’ai citées plus haut), il a constaté une augmentation singulière non négligeable des bébés naissants avec cette malformation. Mais ce pays précise bien qu’aucune donnée scientifique n’a établi ce possible lien entre l’augmentation des cas de microcéphalies et la maladie. En fait, ce n’est pas la première fois que cette hypothèse a été évoquée, mais elle a été plusieurs fois oubliée face au trop peu de cas de microcéphalies par rapport au nombre de femmes ayant contracté le virus Zika durant leur grossesse et face à l’urgence sanitaire que représentaient alors (et représente toujours) la Dengue et le Chikungunya. Car si Zika est potentiellement néfaste pour le foetus, il n’est pas létal contrairement à ses cousins qui tuent chaque année entre 3 et 5% des personnes infectées (qui se comptent par millions). Enfin, la Colombie, second pays le plus touché selon les chiffres du ministère de la santé du pays, ne déplore jusqu’à présent aucun cas de microcéphalie alors que plus de 500 femmes ont été confirmées zika-positives durant leur grossesse. Aussi, le ministère de la santé du Brésil finance actuellement des recherches scientifiques afin de comprendre l’origine de l’alarmante montée des cas de microcéphalies constatés dans la région du Nordeste. Les scientifiques du ministère avancent une possible relation multifactorielle avec le virus Zika, impliquant notamment des facteurs physico-chimiques.

4) Comment se protéger du virus Zika?

Il n’existe pas de médicament ou de vaccin contre ce virus mais que l’on soit enceinte ou non, il est clair qu’il faut se protéger des moustiques. Non pas seulement à cause de Zika, mais parce que le moustique, dans les régions tropicales et subtropicales est porteur de diverses maladies dont la malaria et la fièvre jaune en plus de provoquer des boutons qui démangent! Les différents organismes de la santé préconisent les choses suivantes:

  • éviter les zones chaudes et humides comme les marais et marécages par exemple;

  • changer régulièrement l’eau des pots de fleurs et assécher tous les endroits, dans la maison et/ou sur le terrain où de l’eau stagnante se serait formée;

  • à l’intérieur de la maison: garder les portes et fenêtres fermées et dormir sous une moustiquaire. Utiliser des répulsifs;

  • à l’extérieur: porter des vêtements longs et amples de couleur claire avec les manches et le col fermés. Mettre du répulsif en spray ou en crème sur les parties du corps exposées. Porter des chaussures fermées;

  • éviter de sortir durant les périodes d’intense activité du moustique: le matin et à la tombée de la nuit.

Parfait! Seulement en voyage, on se rend bien compte que ces précautions sont quasiment impossibles à suivre, sans compter la chaleur qui peut atteindre des températures extrêmes dans les régions où… vit aedes aegypti! Et dans ce cas précis, le seul conseil que l’on trouve est: “les voyageurs doivent éviter de se rendre dans les régions où sévit l’épidémie”!

5) Que faire alors?

Ne pas paniquer! Et appliquer des gestes simples, que l’on ferait normalement et spontanément pour se protéger de n’importe quel moustique dans n’importe quelle situation:

  • se mettre du répulsif chaque fois que vous faites une sortie et recommencez dès que vous sentez que l’effet s’estompe;

  • PORTER DES COULEURS CLAIRES! Vraiment! Les moustiques adorent les couleurs sombres à très sombres;
  • ne pas se mettre dans des lieux infestés et si par hasard on tombe sur un de ces lieux (une grosse mare boueuse sous 35°C à l’ombre par exemple), en sortir au plus vite et au pas de course si nécessaire;

  • en camping, faire une inspection rapide du lieu et vérifier la salubrité. Un camping propre et salubre, même ombragé, aura moins de moustiques. Bien choisir son emplacement pour la tente ou le véhicule, si l’on dort dans le véhicule;

  • lors des pauses repas, notamment lors du souper (ou dîner selon les langues) durant lequel, surtout si la douche est prise, on a horreur de se badigeonner le corps de chasse-moustique, utiliser des spirales anti-moutiques de la marque Off qui sont assez efficaces. En général une suffit, que vous pouvez laisser brûler sous la table, à vos pieds. Si jamais elle ne suffit pas, n’hésitez pas à en mettre une autre ou alors habillez-vous de vêtements amples, longs et de couleur claire (en général le soir, en plein air, la chaleur est plus supportable) et mettez du spray anti-moustique sur vos vêtements;

  • enfin, un dernier truc qui marche bien pour la tente ou le véhicule si l’on dort dedans: l’essence de citronnelle! Laissez-en couler quelques gouttes sur les draps, sac-de-couchage, l’oreiller, les vêtements, la toile de tente, les moustiquaires si vous en avez, bref partout où vous jugerez cela utile et vous pouvez être sûrs que vous passerez une nuit tranquille sans entendre de bzzzzzzzzzzzzz dans vos oreilles!

6) Comment suivre la grossesse et l’évolution de bébé lorsqu’on a été exposée à la maladie?

Comme je l’ai déjà mentionné, il n’y a pas vraiment de littérature scientifique prouvant le lien de cause à effet entre le virus Zika et la microcéphalie du nourrisson. Aussi, si vous avez voyagé dans un pays à risque et/ou si vous pensez avoir contracté la maladie, ce que vous pouvez faire est une échographie dite de morphologie, en demandant spécifiquement d’inspecter une possible malformation du foetus au niveau du crâne, tout en expliquant au médecin obstétricien votre cas (voyage dans un pays où sévit la maladie, possible exposition au virus etc…). L’échographie n’est bien sûr pas un remède et ne peut que poser un diagnostique; mais au moins, vous serez fixée. L’échographie morphologique peut se faire à partir de la 20ème semaine et certains hôpitaux (au Québec notamment) recommandent aux femmes ayant été exposées au virus Zika d’effectuer deux échographies morphologiques entre 20 et 28 semaines et à 32 semaines. Enfin, s’il est possible de détecter une infection au virus Zika par sérologie, elles sont déconseillées pour un suivi de grossesse car elles ne permettent pas de prédire l’infection foetale.

Pour ma part, j’essaie d’appliquer les gestes de protection contre les moustiques au quotidien et au maximum de mes capacités. Bien sûr il y a parfois des loupés: un répulsif qui ne protège pas bien, un moustique qui a réussi à pénétrer dans l’auto, un endroit infesté qu’on aurait pas vu et PAF! C’est la piqûre! J’en ai eu quelques unes c’est vrai… Mais le risque zéro n’existe pas et si la vie doit continuer, alors autant accepter le voyage et en profiter. L’important est de réduire la probabilité de subir LA mauvaise piqûre que les simples de gestes de précaution peuvent aider à minimiser grandement!