Une porte… de camion

Suite à l’achat de notre voiture en Avril dernier, il apparu un élément important auquel nous devions porter une attention particulière : la porte arrière rouillée du camion. L’ancien propriétaire (Matthieu) nous avait clairement indiqué que nous devions régler le problème de rouille le plus tôt possible afin que cela ne se propage pas dans le châssis du camion.

Problème porte arrière rouille

Ayant un vif intérêt commun pour la procrastination, Elsa et moi avons laissé défiler les mois en attendant que « les choses arrivent »… Nous avons tout de même tenté quelques trucs comme des appels à l’aide sur les forums, des contacts avec certains garagistes dits spécialisés en Land Cruiser BJ60, des cours à scrap, mais en vain… Permettez-moi de vous dire qu’une porte arrière pour un Toyota Land Cruiser BJ60 1984, ça ne court pas les rues!

Et puis en Novembre 2012, alors que j’étais à San Franscisco pour une conférence technologique de 3 jours, j’ai décidé de rester une journée supplémentaire, le samedi, pour faire le touriste avant de prendre mon vol en soirée. J’ai contacté mon ami (Joey) de San Francisco et nous avons passé notre samedi à Napa Valley dans les vignobles… avec toutefois une petite escale en tête…

Matthieu m’avait parlé d’un de ses très bon contact mécanicien, Gary, situé à Sonoma près de San Francisco et spécialisé dans les Toyota Land Cruiser comme le nôtre. J’étais donc entré en contact avec ce dernier afin de voir s’il était possible de lui rendre une petite visite. Nous partons donc samedi matin, Joey, deux de ses amis et moi même vers les vignobles et le garage de Gary.

Ainsi, j’ai donc fait la connaissance de Gary. Tout le monde là-bas connaissait bien Matthieu et son camion, puisqu’ils avaient réalisé beaucoup de travaux sur ce dernier. Ce fut une rencontre qui s’annonçait brève, mais au moment de quitter, j’ai pris le risque de lui poser une simple question :

“Aurais-tu ça, une porte arrière pour notre camion? Ça fait 6 mois qu’on en cherche une!

Et là… il me répond que OUI. Honnêtement, je pense que j’aurais préféré qu’il me réponde NON, vu les circonstances de mon voyage d’affaires et de la journée déjà planifiée! Bref! Il s’en va dans sa cour à scrap et il me sort une porte parmi tant d’autre sur un échafaudage de 3 étages qu’il monte comme un singe, sans protection. Cette porte abritait généreusement et gratuitement depuis un certain temps un nid de guêpes dont ils ont disposé ASSEZ RAPIDEMENT! Après avoir nettoyé la porte avec un fusil à pression et me la présentant, je lui dis que c’est très bien, nous convenons d’un prix et je lui demande la méthode de shipping qu’il pensait utiliser. C’est à ce moment précis qu’il regarda Joey et sa petite voiture… Joey perplexe, semblait ne plus rien comprendre et moi, étonné, non plus.

Ça ne rentrait clairement pas dans sa voiture!

Préparation de la porte pour la transporter

Gary étant ce qu’il est, nous assure que ça va rentrer. Bon OK, mais comment je ramène ça en avion après?! Ça ne semblait pas du tout l’inquiéter! Bref, après avoir payé, emballé avec du carton et du plastique en masse pendant 20 minutes, il prend la porte et essaie de la faire rentrer dans la voiture de Joey, qui avait les sourcils crispés… Considérant qu’on avait nos sacs à dos pour la journée et que nous étions 4 dans la voiture, bien entendu que ça ne rentrait pas. UNE PORTE DE CAMION! Ça ne rentre pas où tu veux ça!!!

Bref, Gary n’avait pas dit son dernier mot! Il voulait la mettre dans le coffre! UNE PORTE DE CAMION! Ne désirant pas risquer d’aller à Napa Valley avec cela dans le coffre, nous avons laissé la porte là et nous sommes retournés la chercher en fin de journée, juste avant de retourner à San Francisco. Dans la belle situation que j’ai mis Joey – involontairement je vous l’assure! – suivant sa grande générosité, il m’a proposé d’aller me reconduire directement à l’aéroport, ce que nous avons fait, avec une porte de camion qui traînait à l’arrière de son coffre.

À l'aéroport de San Francisco

Après s’être tous dit au revoir, je suis donc rentré dans l’aéroport, muni de ma valise et … d’une magnifique porte de camion! Pour l’enregistrement des bagages, c’est pas évident dire au gars devant toi que t’a une porte de camion avec toi et que tu retournes chez toi. Il a été gentil, au lieu de me charger 180$ de frais pour bagage ayant une taille excédentaire, il m’a juste chargé 35$. J’ai donc voyagé l’esprit tranquille, avec un beau paquet sous mes pieds qui attendait d’arriver dans sa nouvelle ville d’adoption.

Arrivé aux douanes À Montréal, j’anticipais déjà ce qu’on allait me demander… :

Douanier : « Qu’êtes-vous aller faire aux États-Unis pendant 4 jours? »
Hugo : « Je suis allé assister à une conférence technologique dans le cadre de mon travail.
Douanier : « Qu’avez-vous ramené dans vos bagages?
Hugo : « Euhhh… une porte de camion?

Son visage valait 1 million!

Bref, j’ai pu continuer avec mon bagage jusqu’à la sortie de l’aéroport en me dirigeant vers les taxis. Bon… Si le bagage ne rentrait pas dans une voiture à San Francisco, et bien il ne rentrera certainement pas dans un taxi non?! EN EFFET! Heureusement qu’il y a eu un taxi qui m’a pris en pitié et qui a proposé de baisser ses bancs arrières pour que je puisse transporter mon nouveau jou-jou chez moi. Il m’a demandé, bien évidemment, ce que je pouvais bien transporter dans ce « si gros paquet » :

“Bahh…. c’est une porte de camion!!! Normal…! »

J’arrive donc à la maison après 4 jours d’absence, incapable de prendre mes clés avec mes bagages, et je sonne à la porte en criant :

« ELSAAAAAAA! VIENS M’AIDER STP! ».

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J’étais à peine rentrée de la boulangerie quand j’entendis crier mon nom. Je me suis alors précipitée vers la porte d’entrée de l’appartement, l’ai ouvert et… je m’arrête net en haut des marches!!

“MAIS QU’EST CE QUE C’EST QUE ÇA???

Il y avait Hugo, en bas des escaliers, empêtré avec sa valise, la porte d’en bas qui se referme toute seule et une sorte d’immense boite de carton enroulée de plastique. C’était une vision assez comique, mais l’envie de rire n’a pas pris. D’abord parce que je me demandais sérieusement quelle machin truc il avait ENCORE pu ramener de voyage et ensuite parce que je me questionnais sur la fortune qui avait pu être dépensée pour ça. Bref! avant de m’énerver, j’écoute sa réponse:

“Devine!!

Mouais… J’ai pas trop envie de jouer, mais bon… Pourquoi pas.

“Heuuuu un miroir!
“Non.
“Une sculpture!!
“Non! Mais tu peux venir m’aider s’teuplait? Je suis toujours en bas des marches là.
“Ha oui!! C’est vrai…

Je descends les escaliers rapidement et attrape le gros carton à pleines mains pour essayer d’obtenir quelques indices…

“Wow c’est léger ce truc là c’est quoi, une porte en carton?!
“Oui!
Hein? Une porte?? Tu as ramené une porte de San Francisco??!!!

Je monte les marches avec la porte en carton dans mes bras, la dépose dans le vestibule, attends que Hugo passe le seuil de l’entrée et referme la porte derrière lui. Je regarde ébahie la porte en carton posée dans l’entrée…

“Mais c’est quoi comme porte? Elle est si belle que ça? Parce que notre appartement est équipé de portes ben correctes!!
“Devine!
“pffffffffffffff … Non dis moi, je suis à cours d’idées là, je comprends pas trop ce que tu veux qu’on fasse avec une porte de toilettes ou de chambre ou d’entrée alors qu’on a tout ce qu’il faut!
“OK… OK! C’est la porte pour le camion!!!

Maiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiis oui la porte du char; la porte du truck; la tail gate rouillée qu’on cherche à changer depuis des mois…!!

Nous avons déballé le carton plein de « saran-wrap » et j’ai pu découvrir la fameuse porte! Bien joué chéri, j’y vois là toute ta persévérance qui te caractérise si bien! Par la suite, nous avons rangé notre nouvelle porte dans le coffre du Land Cruiser, en attendant de pouvoir l’installer. Car, elle est un peu nue cette porte: sans fenêtre, sans loquet de fermeture et sans peinture… On a du pain sur la planche!

J’ai d’abord appelé notre garagiste, pour lui parler de notre porte à peindre, à doter d’une vitre et d’une fermeture et à installer. Il m’a répondu gentiment qu’il n’avait pas vraiment l’habitude de ce genre de travail et qu’il y avait une chance sur deux de casser quelque chose, en l’occurrence la vitre provenant de notre porte rouillée que l’on aurait aimé installer sur la nouvelle porte made-in-SF.

Bon… le calvaire de la porte continue.

Heureusement, il y a Matthieu; notre bienfaiteur en chef qui nous a encore été d’une grande aide pour nous dépêtrer de cette situation, car nous avons contacté son garagiste qui nous a dit: « Pas di probém, je ti fi ça en janvier apri Nouel; pas chè, 400 doular pas plis »…

Le RDV est pris pour le 7 janvier 2013!

Le 4 janvier, alors que j’étais en France, j’appelle le garagiste pour confirmer le RDV et obtenir un plan d’action pour enfin changer notre maudite porte arrière rouillée. Et là… c’est le drame! Rien ne se passe comme prévu initialement: à cause d’un sombre problème de place au garage et afin de nous éviter un déplacement de 45 minutes dans le froid (le camion n’a pas de chaufferette) et la neige (le camion n’a pas de pneus d’hiver), notre garagiste inconnu me propose d’aller chez un de ses amis mécano, Bob, travaillant à Montréal!

“Hi Bob, do you speak french?
Nope!

OK : allez expliquer en anglais quelque chose que vous ne savez même pas dire en français!!! Ce n’était certainement pas une situation gagnée d’avance mais Hugo et moi avons tout de même décidé de lui faire confiance et avons accepté le rendez-vous de Bob. C’est ainsi que, le matin du lundi 7 janvier 2013, par -16 degrés et après un trajet sur l’autoroute passé à gratter la glace qui s’installait sur le pare-brise pendant que Hugo conduisait, nous avons déposé le truck au garage aussi improbable qu’insolite de Bob. Nous avons tenté une conversation sur la mécanique en anglais afin de faire comprendre nos besoins et après une bonne demie-heure, un vocabulaire anglais enrichi et les extrémités gelées, nous avons laissé notre porte à Bob, non sans angoisse.

Le mercredi suivant, après une série d’appels plus ou moins fructueux auprès de Bob, je retourne à son garage pour le travail d’installation finale. En fin d’après-midi, Bob me téléphone pour me demander de venir récupérer le camion au plus vite parce que son travail est fini et qu’il ne peut pas le garder plus longtemps: « I don’t have place you know… And don’t forget the money! »

… Of course…

J’arrive donc en fin d’après-midi chez Bob et … WOWOWOWOW je crie!! Le camion est embelli d’une porte neuve, repeinte à la couleur rouge carmin de notre superbe monture, sans une trace de rouille ou de bris … Une esthétique parfaite, une porte splendide qui redonne toute sa jeunesse à notre coursier! Un merveilleux travail et une grande épine ôtée du pied!

Merci Bob, Matthieu et Joseph, les trois qui nous ont permis d’arriver à…

ÇA!!!

Porte arrière réparée

Porte arrière de Jolly réparée!

Voilà donc l’histoire de notre porte de camion, en espérant que toutes les pièces qui seront à réparer ne seront pas synonymes d’autant d’histoires!… ou pas .. 🙂