Pow-wow et hache de guerre

Nous sommes en Californie depuis deux jours à peine mais on sent déjà, avec une certaine force, la culture hippie, le mysticisme et la spiritualité qui semblent être de mise ici. On retrouve aussi, par endroits certaines traces de la culture indienne dont certains rites spirituels ont été adoptés par les Hippies californiens. En haut du Mont Shasta, par exemple, on trouve toutes sortes de lieux de méditation dessinés par des assemblements de pierres dont certains ressemblent à Medicine Wheel, cette roue de pierre, lieu spirituel sacré construit par les Indiens entre les années 1200 et 1700 (héhé qu’importe le temps parfois…) dans les Big Horn Montains (Wyoming) et encore utilisé aujourd’hui comme lieu de culte.

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Mont Shasta, Californie et Medecine Wheel, Wyoming – USA

Jusque là, Medicine Wheel était la seule trace de culture indienne que nous avions côtoyée. Souvent, cette culture originelle et ses rites sont racontés sur des panneaux touristiques nous montrant les Indiens dans leur canot ou au pied de leur tipi en train de vaquer à des occupations quotidiennes: cuisine, chasse, pêche, le sourire aux lèvres et le corps habillé par des vêtements de plumes et de peau pour la famille ou par des pagnes et une plume sur la tête pour les chasseurs. Un beau cliché!

En revanche, à Medicine Wheel, nous étions en plein territoire de la tribu Crow et un homme Crow, travaillant pour Big Horn National Forest accueillait les visiteurs au pied de cette roue de pierres, le visage souriant et sincère, prêt à répondre aux questions des curieux. Il s’appelait Charles Yarlott Jr ou Iissaakshe Iineechsh de son nom Crow, reçu 4 jours après sa naissance par son père spirituel et qui veut dire: « parle respectueusement aux adolescents ».

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Notre ami à Medecine Wheel, Wyoming – USA

Nous ne sommes plus des ados mais nous avons été gratifiés de sa patience et de son savoir pour répondre à toutes les questions que nous avions concernant les Indiens et leur vie actuelle dans les réserves… Ces Indiens que nous ne voyons pas mais qui existent; ces indiens et leur culture qui est trop souvent caricaturée et minimisée à quelques inscriptions sur des panneaux touristiques se voulant instructifs…

Mais pour nous, Iissaakshe Iineechesh nous a montré la vaste étendue des terres Crow, nous apprenant du même coup que les Crow, trop pauvres pour vivre et entretenir ces terres données par l’état, les vendent à des plus riches, perdant ainsi, chaque fois un peu plus de leur territoire et de leur autonomie. Iissaakshe Iineechesh ne voit pas l’avenir d’un oeil sombre, il pense que le secret est dans l’éducation des jeunes, les études universitaires et la volonté de continuer à transmettre le savoir et la culture indienne (lui même détient une maîtrise en anthropologie). Seulement, outre les difficultés financières, les jeunes doivent affronter un racisme quotidien, tant entre natifs et colons qu’entre tribus elle-mêmes. Ce racisme tribal, doublé par la haine envers celui qui réussi, entraîne une certaine inertie chez les jeunes qui ne savent pas où trouver leur place et leur avenir. Alors souvent l’alcool et la drogue sont le refuge de ces jeunes en crise d’espoir et l’argent des terres vendues ne sert qu’à entretenir l’illusion d’une richesse qui s’éteint la minute d’après, isolant chaque fois un peu plus ces peuples dans la misère de leur réserves. Le taux de suicide est d’ailleurs assez alarmant et touche, le plus généralement les jeunes adultes. Alors Iissaakshe Iineechesh travaille fort auprès des jeunes pour leur apprendre à vivre dans le monde occidental qui est le leur, tout en gardant leur identité Crow ou Indienne. Il travaille aussi auprès du public pour transmettre et faire découvrir sa culture, et tenter ainsi de réconcilier les peuples. Il pense qu’il est temps, aussi bien pour les peuples natifs que pour le peuple colon, d’accepter le passé et l’Histoire tels qu’ils se sont déroulés et de regarder en avant pour construire ensemble plutôt que de garder les yeux sur le passé et continuer à entretenir les déchirures.

Pour nous qui voyageons à travers les USA et même le Canada, on sent ce deuil douloureux et encore plein de colère, mais l’Histoire est jeune (des batailles avaient encore lieu au début des années 1900) et un jour peut-être, comme les Maoris en Nouvelle-Zélande, les Indiens retrouveront leur place sur les terres d’Amérique qui sont gorgées de leur traces et de leur mémoire. Il n’y a pas un lieu, une montagne, un lac, une rivière qui, si l’on s’y intéresse, n’a pas un nom, une histoire, un mythe indien… Ça me fait penser à cette phrase que le chef Crazy Horse avait dit à un militaire blanc qui lui demandait :

« Et où sont tes terres aujourd’hui?
« Elles sont partout où les morts de mon peuple reposent enterrés.

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Crazy Horse , South Dakota – USA

L’histoire ne le dit pas mais j’imagine facilement le militaire, bouche bée, ne sachant quoi répondre à cette réplique cinglante et tellement juste…

Il reste tellement à découvrir et à apprendre de ce passé et de ce peuple natif… Heureusement il existe des gens comme Iissaakshe Iineechesh pour nous faire ouvrir les yeux!

Merci à toi Iissaakshe Iineechesh !

Aho!

PS Iissaakshe, if you ever see this… please feel free to share your point of view with us!