Petites histoires du GuateMaya (Partie 2)

Nous avons quitté Zephyr Lodge dès que possible pour nous rendre à notre prochaine destination: San Pedro la Laguna sur le bord du magnifique lac Atitlan. Nous avons de nouveau emprunté des routes dont il est difficile de savoir si elles ne sont pas finies ou simplement pas commencées mais qui ont, à coup sûr, fait souffrir Jolly.

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Sans l’eau, ça ressemble exactement aux routes empruntées

De temps en temps sur le chemin, on apercevait des enfants qui mettaient des pierres sur la route et demandaient 1Q pour leur participation à l’entretien des routes… Nous croisions de nombreux camions remplis de pierres qui se rendaient vers un improbable lieu pour combler une route encore plus improbable jusqu’à ce que nous arrivions à un barrage! Un vrai barrage de villageois qui demandaient une taxe aux voitures passant par chez eux pour l’entretien de la route… Quel entretien? Mis à part les camions de pierres qui bloquaient la route, il n’y avait rien qui ressemblait de près ou de loin à des travaux routiers! Des hommes débarquaient des pierres d’un camion pendant que d’autres regardaient et que d’autres encore s’occupaient de LA TAXE! Un gros villageois s’est approché de nous et nous a demandé 20Q pour passer. Nous étions au courant qu’il y avait quelque chose à payer sur la route à un moment donné, mais on nous avait dit 5Q pas 20Q! Nous avons tenté la négociation, refusé de payer, proposé de payer la moitié, rien à faire!

“Si vous voulez passer alors il faut payer 20Q, sinon vous faites demi-tour!

C’était la seule route en direction de Lanquin sur des Km et des Km de distance… Nous avons payé les 20Q… La camionnette qui était devant nous a payé également, après que le gros villageois se soit occupé de nous.

“Combien as-tu payé? Lui a-t-on demandé.
5Q! Qu’il nous a répondu!

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Un peu fatigués par la mauvaise route et rongés par le sentiment d’injustice, nous avons décidé de nous arrêter tôt et de passer la nuit sur le terrain de l’église d’un minuscule village croisé sur notre chemin, peu après Sacapulas en direction du Lago Atitlan. L’église était située en haut d’une colline et offrait un espace protégé à l’abri des regards idéal pour y passer la nuit. Cependant, nous avons servi d’étrange curiosité aux fidèles venus à leur messe du dimanche après-midi et alors que j’écrivais, installée sur une chaise, les yeux dans la vallée et la tête au soleil, une femme s’est approchée de moi en me demandant:

“Pourquoi tu restes au soleil, chica? Tu vas avoir chaud…

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Mes amies qui se souciaient de ma santé, Sacapulas – Guatemala

C’est vrai qu’ils se protègent tous du soleil, qu’ils se tiennent soit à l’ombre soit sous un chapeau, un parasol ou un voile à défaut d’ombre naturelle. Les hommes portent des manches longues et des pantalons tandis que les femmes portent des jupes longues, un chandail brodé et une pièce de tissu assez large, souvent très coloré, qu’elles mettent sur leurs épaules abritant leur poitrine et leurs bras du soleil et des regards. Aucun maquillage, aucun artifice sur le corps, elles ont leur féminité brute qui se manifeste par leur seins généreux qui allaitent leur progéniture à peu près n’importe où: dans les rues, les marchés, les bus, les places publiques et ici, à côté de moi…

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Femmes Mayas, Chichicastenango – Guatemala

Bras nus, habillée d’un short laissant apparaître mes jambes aux soleil, je suis une extraterrestre! Je tente alors d’expliquer que je reste au soleil parce que je veux avoir chaud, je veux sécher mes vêtements humides par tant de jours passés sous la pluie, que ça me fait du bien… La femme semble m’avoir comprise mais à son sourire figé et son regard perdu, je comprends que je demeure une extraterrestre pour elle…

Ils ont chanté et prié durant près de deux heures, animant le lieu de leurs voix, de leurs traditions et de leurs nombreux enfants avant de le quitter pour la nuit, nous laissant seuls après nous avoir dit adieu. Les interactions se sont arrêtées là, chacun est rentré chez soi, c’est ainsi. Nous avons alors fait comme chez nous et avons fait le ménage dans Jolly, aéré nos choses encore humides ou puantes, pris une douche, soupé et passé une belle nuit au sec sous un ciel étoilé.

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Église de Sacapulas et abri pour la nuit, Sacapulas – Guatemala

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Le lendemain, lorsque nous sommes arrivés à San Pedro la Laguna, nous avons été un peu déconcertés par l’ambiance extrêmement internationale du village! Même les restaurants tenus par des Mayas servent des club sandwichs et des hamburgers et dans certains lieux, le service est fait uniquement en anglais par des étrangers venus au village pour apprendre l’espagnol! Ne voulant pas trop participer à cette ambiance, nous avons fait nos courses au marché du village, trouvé un « comedor » qui nous semblait un peu plus local que les autres et avons entamé notre séjour qui s’est composé de l’ascension du volcan San Pedro avec un super guide Maya Tzutujil (tribu maya de la région du lac Atitlan) au nom de Francisco, une visite de la coopérative de café organique FEDEPMA (très intéressante visite et programme environnemental super bien fait) et l’ascension de la Nariz del Indio, montagne qui surplombe le lac et depuis laquelle on peut admirer le magnifique lever de soleil sur le lac!

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Lever de soleil depuis la Nariz del Indio, Lago Atitlan – Guatemala

On a fini nos activités épuisés et complètement courbatus! L’après-midi du dernier jour, après s’être reposés de l’ascension de la Nariz, nous avons fait un tour au village et rencontré Rafael grâce à un regard moqueur que nous avons échangé sur le comportement loufoque d’une touriste! On a rit ensemble l’espace d’un instant et une heure plus tard, il nous invitait à prendre un verre avec lui et à rencontrer sa famille. De soir, il nous a montré son village, la maison familiale qui abritait son oncle et sa tante, sa femme et leurs 3 enfants dans une unique pièce; la maison de sa mère qui était aussi basique et ne contenait qu’un lit, une armoire, une table avec des reliques et une sorte de petit autel avec des bougies. Il nous a montré la place du village, animée par un match de basket que se disputaient deux équipes du village, très sérieusement, pendant que des enfants occupaient les paniers avec leurs ballons dès que possible. Il a fini par nous emmener dans un tout petit bar, complètement vide, dans lequel nous avons partagé la bière locale (la Gallo), des discussions passionnées sur la façon dont le touriste est exploité voire raquété lorsqu’il veut visiter le pays et sur le fait qu’il est difficile d’intégrer la culture guatémaltèque et maya, d’entrer en contact avec les gens sans se faire demander de l’argent. Il était complètement d’accord avec nous, argumentait dans notre sens, disait que la mission de son travail et de son école (il est maître d’école dans les villages isolés et professeur d’espagnol à La Escuela Guatemaya pour les étrangers venus prendre des cours à San Pedro) était d’ouvrir les portes de la culture maya aux touristes et de donner aux enfants démunis l’éducation nécessaire à leur réussite et il était désolé que les choses soient ainsi, aussi malsaines entre touristes et locaux. Il nous a appris quelques mots de Tzutujil, raconté sa vie à San Pedro lorsqu’il était petit et expliqué un peu la légende du Lac Atitlan qui dit que tous les 40, 50 ou 60 ans, le niveau de l’eau monte de plusieurs mètres engloutissant des dizaines de mètres de terre et les maisons construites trop proches de ses rives.

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Maison engloutie… , San Pedro la Laguna – Guatemala

Il nous a avoué que tout le monde au village connaissait la légende mais que personne n’avait rien dit aux étrangers qui achetaient leur terrain et construisaient leur maison sur le bord de l’eau. Et mythe ou réalité, alors qu’il manquerait aux eaux du lac encore 8 ans pour atteindre leur niveau le plus haut, nous avons vu certaines maisons complètement noyées par les eaux, détruites, tuées par le lac. Et pour les propriétaires encore épargnés qui tenteraient de revendre leur bien, il ne leur reste que le désespoir de constater que leur investissement s’est envolé, perdu dans une légende peut être un peu vraie, mais surtout très bien gardée. « Les secrets et traditions restent chez les Mayas et sont aux Mayas » nous avouait Rafael tout en étant d’avis qu’il serait bon que son peuple s’ouvre un peu sur le monde et fasse partager sa culture. Nous avons continué ainsi, discutant et riant durant plus de 2 heures. Une complicité amicale était en train de naître, lorsqu’au moment de payer la note, il s’est éclipsé, nous laissant seuls devant la serveuse qui nous a trouvé une excuse pour nous vendre la bière plus chère que le prix indiqué sur les affiches du bar…