Petites histoires du GuateMaya (partie 1)

9h00 le 12 novembre… Nous sommes devant les portes encore fermées de la frontière pour le Guatemala. À l’ouverture des portes, nous jetons un dernier regard vers le Mexique et un dernier soupir de nostalgie avant de nous engouffrer dans le poste frontalier. Une heure plus tard et une fois les formalités d’usage effectuées dans des camion-roulottes en guise de bâtiments administratifs, nous entrions au Guatemala…

« Bienvenidos en la republica de Guatemala, país de la eterna primavera » Qu’il disait le panneau…

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Poste frontalier El Ceibo – Guatemala

Nous avons roulé en direction de Tikal, ruines Mayas et patrimoine de l’UNESCO sous un temps extrêmement humide et chaud. Nous avons croisé des villages quasi engloutis par les eaux, généralement constitués de cabanes meublées de hammacs perchés au-dessus de la simple terre battue. Les poules, les coqs, les cochons et les chiens traînaient alentour des maisons, les pattes dans la boue, tout comme les enfants qui jouaient dehors. Les femmes lavaient leur linge à même les fossés remplis d’eau et le mettaient à sècher sur des cordes, entre deux arbres et deux averses de pluie battante… Cela faisait plusieurs jours déjà que nous étions sous ce climat désagréable qui semble être normal dans la région du Chiapas au Mexique et de Peten au Guatemala et Jolly était humide, pouilleux et puait comme une mouffette. Nous étions mouillés de chaleur et de pluie, nos vêtements sentaient le chacal et rien ne sèchait! RIEN! On se demandait sincèrement comment ces femmes faisaient pour sècher leur linge dans toute cette humidité, comment elles faisaient pour entretenir un semblant de vie dans toute cette eau qui entourait les maisons, comment elles pouvaient faire brûler leur bois pour cuisiner les frijoles et les tortillas quotidiens pour nourrir leur famille… Malgré tout, nous avions droit à des signes de salut, des sourires et des OLÀ criés par les enfants et les hommes, semblant heureux à courir les rues et les bois avec leur machette et leur sac de maïs sur les épaules…

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Église au milieu de la jungle Maya sur la route de Tikal – Guatemala

C’est dans ce contexte que nous sommes arrivés à San Benito, point stratégique d’arrêt avant de visiter Tikal. Nous y avons passé la nuit et le lendemain nous étions au site maya, sous le même climat, aussi humide et collant! On a été accueillis par le garde-parc qui nous a demandé 150 Quetzales (20$) par personne pour pouvoir y entrer, tandis que les locaux ne payaient que 25Q. Un guide pour la visite? Hors de prix! Même pas pensable! Aller au musée du site pour avoir un peu d’explications sur ce que nous avons vu? 30Q par personne pour les étrangers, 5Q pour les locaux! Dormir dans l’auto sur le site? 50Q par personne plus 50Q pour louer la tente que nous n’aurions pas utilisée soit 150Q pour une nuit dans Jolly sur de la boue avec des petits morceaux de pelouse! Impensable! Un peu abasourdis, nous nous sommes perdus entre les ruines et les averses pendant 4 heures et nous sommes retournés à San Benito, au même hôtel que la veille. Au moins, pour presque le même prix que la boue de Tikal, nous étions au sec!

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Temple du Jaguar et canopée de la forêt vierge du Petén, Tikal – Guatemala

Nous ne pouvons malheureusement pas dire grand chose sur l’ancienne cité Maya, a part sa grandeur et sa beauté: nous n’avons pas pu avoir accès à son histoire lorsque nous étions sur le site et il n’existait aucun panneau explicatif qui aurait pu nous apprendre des choses sur les édifices, leur histoire et/ou leur utilité. Nous avons alors effectué une visite naïve, et profité pleinement des moustiques, des animaux, de la grandeur des temples, de la beauté de certains palais et pyramides, de la densité de la jungle et de l’immensité de la cité…

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Temple du Jaguar, Tikal – Guatemala

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Le lendemain, nous reprenions la route vers le sud, direction Lanquin, sous le même climat, la même humidité, les mêmes villages en partie noyés par les eaux, et les mêmes sourires sur les visages. Après avoir roulé pendant des heures sur une piste défoncée et étroite, c’est avec un gros soulagement que nous avons vu la silhouette de Zephyr Lodge, à Lanquin, se dessiner devant nous.

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Zephyr Lodge, Lanquín – Guatemala

Nous avons été reçus avec un improbable « hello guys » par la réceptionniste qui s’est très bien expliqué après un rapide coup d’œil autour de nous. La lodge n’accueillait que des étrangers anglophones pour la plupart, seuls des occidentaux occupaient les postes stratégiques de l’hébergement et aucun local ne semblait y travailler. Mis à part le fait que Zephyr Lodge se trouvait à Lanquin, rien ne laissait penser que cette dernière était au Guatemala. Nous avons négocié un arrangement pour dormir dans Jolly et utiliser les douches et toilettes communes offertes par l’hébergement puis nous nous sommes installés à une table du bar et commandé quelque chose à manger et là nous avons vu les employés locaux: à la plonge, aux cuisines et au nettoyage des chiottes pendant que la fête commençait à battre son plein et que chacun se saoulait à coup de shooters payés en quetzales! Écœurés nous sommes allés nous réfugier dans Jolly, pour nous cacher de cette atmosphère qui nous semblait malsaine en plus d’être dérangeante.

Le lendemain matin, alors que nous prenions notre déjeuner, une discussion vive a éclaté entre la femme aux cuisines et le gars du bar encore saoul de la veille. Incapable de prendre une commende correctement, il donnait deux fois plus de travail à la cuisinière qui, trop c’est trop, a explosé. Un peu plus tard nous apprenions que les employés Guatemaltèques, en plus d’occuper des tâches ingrates, ne pouvaient parler espagnol entre eux: l’anglais SVP pour seule langue de travail et de communication! Le soir, en allant nous coucher, nous avons rencontré le garde de la propriété Sebastian, pur Maya de la région qui était content de défier les règles de son travail en parlant espagnol avec nous, ces étrangers bizarres qui dorment dans une voiture et fuient la fête quotidienne du bar de Zephyr…! Avec Sebastian nous avons appris que les propriétaires de Zephyr avaient acheté toute la vallée avec une partie de la rivière appartenant anciennement aux Mayas et qu’il travaillait 12h par jour. Sa langue maternelle est une langue Maya, celle que tout le monde parle dans la région. Il en existe 27 autres parlées au Guatemala, chacune différente et incompréhensible par qui ne la parle pas. Au village de Lanquin, tout le monde parle la langue Maya de Sebastian (le nom est imprononçable et impossible à écrire… On ne s’en souvient plus!) et parmi ceux qui parlent espagnol, beaucoup ne savent ni le lire ni l’écrire. Sebastian lui même ne parle pas très bien l’espagnol mais il nous a dit avec fierté qu’il était le gardien de nuit de la propriété depuis 6 mois et qu’il aimait beaucoup son travail. Il nous a assuré avec un grand sourire et une chaleureuse poignée de mains qu’on pouvait dormir sur nos deux oreilles parce qu’il veillait sur nous…

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Zephyr Lodge, Lanquín – Guatemala