L’Altiplano bolivien ou l’odyssée magique: on quitte Uyuni!

Samedi matin, 9 heures! Les coeurs palpitent! Nous sommes dehors, sur le qui-vive depuis 10 minutes et pas de signe de Gregorio. Je dois partir avec Florent faire les courses pour nos quatre jours d’aventure. Hugo reste avec Pascal attendre Gregorio pour assurer nos réserves de diésel… J’ai toujours le même pressentiment: Gregorio ne viendra pas! Sur le chemin vers le marché d’Uyuni, je fais part de mes craintes à Florent qui me rassure en disant:

“Bah, même s’il ne vient pas, ils sont débrouillards ils trouveront bien quelque chose!”

C’est vrai… Ils trouveront bien quelque chose… De toute façon il le faut sinon… L’aventure commence mal…

Arpentant les allées du marché grouillant d’Uyuni et concentrés sur nos achats, nous oublions pour un temps Hugo, Pascal et leur mission. Nous faisons le plein de fruits, légumes, pain, fromage, oeufs et autres denrées pour assurer déjeuners, dîners et soupers avec sandwiches le midi et pâtes, salade de riz, poulet et omelettes pour les soirs. Malgré certaines difficultés à trouver tout ce dont nous avions besoin (impossible de trouver du jambon à Uyuni!), c’est avec les bras chargés et victorieux que nous reprenions le chemin de l’hôtel. Mais le sentiment de joie d’avoir rempli une importante mission n’a pas duré! A quelques centaines de mètres de l’hôtel, on rencontrait Hugo et Pascal qui tentaient d’arrêter n’importe quelle voiture d’agence touristique pour tenter, en vain, d’obtenir de l’essence…

Gregorio ne s’est pas pointé! Gregorio nous a lâchés!

Panique à bord! Les connections synaptiques se font à plein régime pour tenter de trouver une solution alternative au problème: il nous faut de l’essence coûte que coûte! On pense à un plan d’urgence: faire le plein du réservoir, le siphonner pour remplir nos bidons de réserve et refaire le plein ensuite. C’est un peu tordu, mais dans le système D, cela représente tout de même une solution envisageable! Après avoir rangé nos courses dans Jolly, rempli nos 45 litres d’eau potable, brièvement discuté, on a finalement décidé de tenter d’amadouer les gars de la station service avant l’auto-siphonnement. Hugo et Florent partent donc avec Jolly pour le distributeur d’essence de la ville, le coeur gonflé par l’espoir d’obtenir un peu de compassion et du diésel! Il est presque 11 heures… Tout le monde est prêt pour le départ sauf Jolly… Pascal et moi attendons avec impatience le retour de nos compagnons.

Une éternité ou seulement 20 minutes plus tard, c’est difficile à dire (le temps à une forte tendance à s’étirer parfois), les gars sont de retour avec un Jolly en forme et vigoureux! Les bidons sont pleins, le ventre de Jolly aussi, nous sommes prêts! MISSION RÉUSSIE! Non seulement les pompistes nous ont rempli les bidons mais en plus il ont accepté de nous le vendre “que” 7 bolivianos le litre.

“Mais comment vous avez fait? Il ont accepté facilement ou quoi?
“Bah ils voulaient rien savoir au début et puis il a suffit de leur dire que nous aussi on aimerait aimer la Bolivie, en dire du bien autour de nous et dire que Uyuni et le Sud Lipez sont une merveille du monde grâce à eux, pour qu’ils acceptent de nous servir!”

La corde sensible et les violons… C’est rare quand ça ne marche pas!

C’est donc avec un Jolly rempli de 80 litres de diésel dans son réservoir plus 40 litres de rab sur son toit, plus d’un total de 45 litres d’eau, d’un poulet (cuit le poulet), de 30 oeufs, de 40 petits pains, de fromage, de pâtes, de nutella, de rhum, de bières, de chips de biscuits et de nous quatre, nous partons le coeur en liesse en direction de notre aventure, de notre odyssée, de la Reserva Andina Eduardo Avaroa du Sud Lipez! Il est presque midi et déjà Uyuni disparait dans la poussière de son atmosphère…

DSC_3587Ville d’Uyuni – Bolivia

Les premiers kilomètres de route étaient faciles, droits, sans remous quoi qu’un peu poussiéreux. On poussait Jolly jusqu’à 80 kilomètres par heure sans efforts et en moins d’une heure nous avions rejoint San Cristobal, dernier village et dernière station d’essence avant le grand Sud sauvage. A la station service, nous avons complété le réservoir des quelques 13.5 litres consommés durant ce court trajet et nous sommes repartis. Sur le chemin, nous calculions grosso-modo la consommation d’essence:

“13.5 litres pour 90 km effectués… Ça fait un petit 15 litres au 100km ça! On est bon les enfants on est bons!”

DSC_3902Sur la route entre Uyuni et San Cristobal, Sud Lipez – Bolivia

Et on a roulé, roulé et roulé encore, quittant la route quasi asphaltée de San Cristobal pour de la piste affreuse, remplie de petites bosses comme des vaguelettes de tôle ondulée faisant hurler Jolly de tous bords tous côtés. Mais la splendeur des paysages nous faisait oublier la nuisance de la piste et c’est heureux de notre première journée d’aventure que nous nous sommes posés à la “Laguna Cañapa” pour établir notre campement, au pied de petites constructions abandonnées pour nous abriter du vent. Il faisait beau mais froid et le vent nous cinglait le visage dès que nous nous éloignions un peu de nos abris. Mais avant de sortir tente, table de pic-nic et autres choses pour la nuit, nous avons été nous dégourdir les jambes en explorant un peu les environs. La laguna était large et bordée de montagnes sans vie dont la couleur ocre contrastait avec le blanc de la silice qui semblait envahir le bleu de l’eau et dont les quelques zones rescapées abritaient des dizaines de flamands roses en pleine heure de souper.

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Laguna Cañapa en fin de journée, Sud Lipez – Bolivia

On observait, admiratifs, le spectacle de cette nature sauvage qui allait bientôt s’éteindre pour la nuit. Certains de nous ont bravé le vent et le froid grandissant pour immortaliser en quelques clichés ces derniers instants du jour, tandis que, les pieds en train de se transformer en glaçons, j’ai préféré revenir à l’auto pour compléter notre installation…

Horreur! En ouvrant la porte arrière de Jolly, j’ai libéré des kilomètres de poussière entassés sur le matelas, les sacs de de nos amis, les couvertures, les oreillers, les fenêtres, jusqu’à l’intérieur de certains de nos coffres de rangement. La couleur ocre était partout! Elle s’était invitée sans pudeur dans les moindres recoins de notre intimité, souillant tout ce qui lui était possible de souiller sur son passage! Hugo et moi avons passé plus d’une heure, armés de chiffons mouillés et de nos bras pour tenter de retrouver un semblant de propreté dans notre maison, suffisamment pour que nous puissions dormir sans avoir l’impression d’avoir le nez dans la terre!

“Côliss! Demain on mettra du “duct tape” partout autour de la porte arrière et on mettra la bâche aussi sur le matelas! ‘sti que ça vaut pas d’la marde c’t’affaire là!”

Bref! Le ménage fait, la tente montée et la table installée, nous avons pu commencer à prendre un apéro bien mérité. Mais un apéro en pleine nature et à 4000 mètres d’altitude c’est très loin de ressembler à un apéro relaxe, avec des cacahuètes et du vin blanc dans un verre à pied! D’abord il y le vent! Le vent qui, malgré l’abri des petites maisons en ruines, balaye tout, envoie les chips valser avec la poussière et manque de renverser la canette de bière! Ensuite le froid! Complice du vent à une telle altitude, il empêche le corps de rester assis sans grelotter, il vole la force des doigts qui ne peuvent plus saisir la canette de bière sans risquer de la renverser et il glace les fesses dès qu’on essaie de les poser sur les sièges en aluminium de notre table de pic-nic!

“Mais qui a eu la brillante idée d’acheter une table avec des chaises en aluminium! C’est nul à des altitudes pareilles! J’ai le cul gelé maintenant!”

Voilà! Ce sont les apéros à 4000 mètres, au bord de la laguna Cañapa, dans la belle nature sauvage et magique du Sud Lipez! On a donc mangé en même temps que nous prenions/terminions l’apéro, mélangeant chips, poulet, salade, bière et rhum dans une même bouchée! En moins d’une demi-heure l’apéro/souper était expédié et à 7 heures tout le monde était au lit, tentant de retrouver un semblant de chaleur à l’aide des sacs de couchage et des couvertures.

DSC_3982Notre campement, première nuit dans le Sud Lipez! Laguna Cañapa – Bolivia

La nuit était claire et la lune, presque pleine, éclairait d’une teinte pâle la laguna et les flamands endormis…

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