Fuimos robado (On s’est fait volé)

Ce matin là, le matin du 16 décembre 2013, on a pris notre petit déjeuner sous les rayons encore tièdes du soleil levant qui éclairait la plage de San Juanillo, péninsule du Nicoya au Costa Rica. Le ciel était bleu, la mer calme et nous profitions de ce moment de paix avec plaisir avant de nous embarquer pour une journée complète de voiture à travers les routes cahoteuses de la péninsule qui emmènent le voyageur d’une plage à une autre, en passant par des forêts épaisses, domaines des oiseaux et des singes hurleurs.

“C’est l’anniversaire de Cath aujourd’hui, faudra pas oublier de l’appeler!
“Ouais… Faudra qu’on trouve internet quelque part; peut-être sur le chemin ou ce soir si on prend une auberge…
“Mouais… Les auberges c’est cher! On s’arrangera pour trouver internet en chemin!

Nous avons quitté la plage de San Juanillo vers 10 heures pour notre première destination: la plage de Samara. À l’entrée du village de Samara, peu avant la plage, j’ai remarqué une petite boulangerie qui offrait du wifi.

“Là, là, on pourrait appeler Cath! Vient on se gare et on l’appelle!
“Tu veux te garer là là? Sur le bord de la route? Comme ça?”
“Ben ouais pourquoi? Y’a quelque chose qui t’embête?
“Ouais ça me semble pas sécuritaire de laisser Jolly là comme ça! On a le laptop, la GoPro et l’iPad en train de charger… On pourrait se faire voler!
“On est quasi en face de la boulangerie! Il va rien se passer! Au pire fait demi-tour et gare toi juste devant, comme ça se sera plus sûr.
“OK, OK c’est bon…”

On a garé Jolly devant la boulangerie, sorti l’iPad et appelé Cath pour son anniversaire. Il n’y avait pas grand passage sur la route et seuls les singes hurleurs qui nichaient dans l’arbre voisin troublaient notre communication.

DSC_9551 Le signe hurleur dans l’arbre devant la boulangerie, Samara, Costa-Rica

Une fois l’appel fini, on a repris la route pour la plage. Nous sommes tombés sur une croisée des chemins sans indication, à peine une centaine de mètres après la boulangerie. Nous avons demandé notre chemin à un vieux monsieur qui se trouvait là, assis sous un abri-bus:

“Pour la plage c’est par où?
“Tout droit!

Le chemin se terminait effectivement sur la plage… Magnifique, avec une allée bordée de cocotiers, une vaste étendue de sable blanc et presque personne. On a garé Jolly au bout du chemin, à côté de deux motos et d’une voiture costa-ricaine. Il faisait une chaleur à crever. La mer semblait calme et belle. Elle m’appelait.

“Je prendrais bien un bain ici moi! Pas long t’inquiète… J’ai juste envie de me rafraîchir

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Plage de Samara, Costa-Rica

Hugo s’est changé dans l’auto, rangeant son téléphone et son portefeuille qu’il avait dans les poches de son short dans un endroit inhabituel. Moi j’ai rangé les fils des appareils électroniques qui étaient en train charger et j’ai sorti mon sac. J’avais envie d’écrire un peu sur la plage, au soleil et à l’air rafraîchissant de la brise marine. J’ai commencé par y mettre mon maillot, quand, prise d’une crainte de me faire voler sur la plage, j’ai changé d’avis. J’ai reposé mon sac sur le siège arrière de l’auto, on a fermé les portes à clef et on est parti…

Hugo ayant pris l’appareil photo avec lui, on a pris quelques photos, on s’est baignés en tentant de garder toujours un oeil sur nos affaires posées sur le sable puis on a fait bronzette quelques minutes le temps de nous sécher. C’est au retour que nous avons été frappé par une vision d’horreur. D’abord inacceptable, il nous a fallu quelques secondes pour réaliser que les portes avant de Jolly avaient été ouvertes et qu’il avait été fouillé. On s’est regardé, interdits, sans un mot dans la bouche. Puis j’ai brisé le silence en prononçant l’inconcevable:

“On a été volés!

Je l’ai dit calmement, sans vraiment comprendre ce qu’il nous arrivait. J’ai ouvert la porte arrière, prise d’une crainte violente pour mon sac. Il n’était plus là. Le sac de Hugo avec l’électronique… Disparu! Hugo a vivement regardé à l’endroit où il avait rangé son portefeuille et son téléphone. Ils étaient là… Rescapés de la fouille et du viol de notre propriété.

Désemparés par la chose, on s’est serrés dans nos bras, essayant de trouver la force de réagir.

“Hugo, on doit téléphonner à la banque, on doit bloquer les cartes de crédit, sinon il vont nous vider notre compte en plus du reste. Mon porte-feuille était dans mon sac… On doit partir!

On est parti! On est allé à la police en premier lieu pour faire la déclaration de vol. Seulement les officiers de la “policia turistica” n’étaient pas là et on perdait un temps précieux à les attendre. On a donc cherché un endroit où téléphoner pour bloquer les cartes bancaires. On a réussi a trouver internet dans un hôtel mais impossible de téléphoner. La réceptionniste nous a alors dirigés vers la banque nationale pour leur demander de l’aide mais sans résultat. Au final, après une bonne demi-heure de recherches intensives, on est tombés sur Victor, réceptionniste de l’hôtel Villas Pepitas qui nous a offert volontiers internet pour pouvoir passer nos appels. Pendant que l’un téléphonait, l’autre racontait notre mésaventure à Victor qui semblait visiblement touché et désolé pour ce qui nous était arrivé. Une fois les cartes bancaires réglées, on est retournés à la police, laissant Jolly dans le stationnement de l’hôtel sous l’oeil bienveillant de Victor.

DSC_9574 Hôtel Villas Pepitas, Samara, Costa-Rica

Au commissariat, on a de nouveau dû attendre qu’un officier de la “policia turistica” veuille bien s’occuper de notre cas et, quand enfin on a eu l’attention d’un de ces messieurs, ils nous ont tout simplement dit que c’était bien connu que les touristes se faisaient voler dans cette partie de la plage…

“Il ne fallait pas aller là, il n’y a pas de policiers qui surveillent le coin! Il faut aller par ici, au centre-ville, avec tout les autres et où on surveille!

Ben oui! Bien évidemment! Il fallait aller se baigner comme tout le monde, avec tout le monde; là ou il ne reste même plus un mètre carré pour y poser sa serviette; là où le parking est surveillé pour un prix exorbitant! On aurait dû y penser! Maintenant on paie pour notre négligence et voilà!

C’était à se demander si ce n’était pas nous, finalement, les criminels pour avoir tenter ainsi les pauvres voleurs en nous installant dans un endroit si reculé! On s’est contenté de répondre aux questions pour effectuer la réclamation, gardant toute notre rancoeur pour nous, bien au fond de nos tripes!

Une heure plus tard, nous quittions le commissariat pour retrouver Jolly à l’hôtel. En chemin, on pensait à un discours afin de demander à Victor si on pouvait rester dormir dans le stationnement de l’hôtel. Mais c’était inutile. En nous voyant arriver, Victor nous a accueilli en souriant avec chaleur:

“Si vous voulez, vous pouvez rester un peu ici et profiter de la piscine pour vous détendre. Je vais demander au propriétaire, Lucas, s’il ne peut pas vous arranger une chambre pour la nuit.

Deux heures plus tard, nous étions installés comme des rois dans une des chambres de l’hôtel grâce à l’inestimable générosité de Victor et de Lucas qui nous ont offert un cadeau d’une valeur infinie: la sécurité et la paix! Nous y sommes restés deux nuits, le temps de nous remettre sur pieds et de régler le maximum de dommages collatéraux.

DSC_9568 Le studio qui nous a été offert par Lucas, Villas Pepitas, Samara, Costa-Rica

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Notre chambre, dans le studio. Villas Pepitas, Samara, Costa-Rica

Le 18 décembre, en meilleure forme que la veille, nous reprenions la route, prêts à découvrir le meilleur du Costa Rica. En chemin, on a ramassé un auto-stopper anglais, Steeve, avec lequel nous avons partagé la fin de notre aventure costa-ricaine. Grâce à sa présence, il nous a nous a arraché à nos tourments par son humour cinglant et son inépuisable source de conversation! On a voyagé ensemble pendant près d’une semaine puis un jour, nous l’avons quitté. Il était temps pour nous de rejoindre le Panama et de poursuivre là-bas notre aventure.

On a fait nos adieux à Steve et on est partis… On n’avait pas mal au coeur, on n’était plus triste, on était content. On roulait vers de nouveaux horizons le coeur presque léger!

DSC_9671 Steeve, notre ami anglais! Quepos, Costa-Rica