C’est ça le Mexique???

Nogales, Arizona, 5h du matin… Nous sommes le samedi 12 octobre et nous nous apprêtons à traverser la frontière pour le Mexique. A la fois stressés et impatients de quitter les USA, nous nous activons comme des fourmis dans notre petite chambre du motel 6: ramassage de nos affaires, réarrangement de Jolly pour sécuriser les choses importantes, vérification des papiers nécessaires pour passer la frontière, provisions d’eau, provisions de $$, petit déjeuner, enregistrement de Guaymas, Mexico dans le GPS et bye on s’en va!

Nogales côté Arizona, c’est pas très excitant, voire moche. Mais le côté Mexicain, c’est pire. C’est carrément une autre planète dont il est possible d’avoir un aperçu depuis la highway 19, avant même de traverser la frontière… On se demandait si, en traversant la frontière, on n’allait pas directement se retrouver dans une sorte de zone de non droit, constituée des pires favellas de la planète… Non, nous n’avons pas fait demi-tour… Tels les aventuriers de l’extrême, nous avons foncé, sûrs de nous, vers la frontière!

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Arrivée au Mexique, Nogales – Mexique

En moins de temps qu’il n’en faut pour l’écrire, nous étions de l’autre côté de la frontière! Aucun passeport vérifié, aucune question, aucun papier du véhicule demandé, aucun visa, aucun tampon, rien. Nous étions au Mexique, mais rien ne le prouvait, à part le fait que tout était écrit en espagnol sur les devantures des bicoques servant de magasins, et que les hommes portaient des moustaches. Un peu étonnés, on s’arrête devant le bâtiment d’immigration posé à 10 mètres de la frontière en se disant que quelqu’un pourrait, au moins, tamponner notre passeport. Et bien non! Le bâtiment était presque désert et l’unique agent qui semblait l’occuper nous dit qu’il ne peut rien faire pour nous et qu’il faut quitter la ville pour aller à l’autre bâtiment d’immigration qui se trouve tout droit, à 21km de là… Pas trop sûr de tout comprendre, on a simplement acquiescé et avons repris la route, vers le sud, tout droit… Dans notre tête habituée aux règles établies, nous nous demandions sérieusement si nous n’étions pas en train de nous faire fourrer comme des bleus à rouler ainsi au Mexique sans visa ni permis d’importation du véhicule, et nous regardions d’un oeil méfiant toute voiture qui pouvait ressembler de près ou de loin à la police ou aux militaires! Bref on stressait!

Mais quelque chose nous disait de continuer, de faire confiance à ce que nous avait dit l’agent et nous avons continué de rouler, sans nous arrêter. Et 21km plus loin, la frontière officielle s’est déployée devant nous. Tous les bâtiments gouvernementaux permettant de réaliser les papiers nécessaires à la libre circulation sur le territoire mexicain se trouvaient là, et c’est dans un soupir de soulagement que nous avons pu constater que l’agent avait raison. Nous avons régularisé notre situation et 600$ plus tard (ça coûte cher entrer au Mexique), nous étions de nouveau sur la route, le coeur et le portefeuille bien plus légers que précédemment. Et nous avons roulé, roulé et roulé encore avant d’arriver à Guaymas, petite ville portuaire sur la côte Pacifique où nous avions réservé une chambre dans un hôtel pour y passer la nuit. La route, outre le génocide de papillons que nous avons causé, n’a pas été d’un grand intérêt… Nous avons pris l’autoroute payante, traversé des paysages quelconques et changé de limite de vitesse toutes les deux minutes en passant de 80km/h à 40km/h en l’espace de 20 mètres; c’était chiant et on est arrivés à Guaymas crevés et aussi idiots que des limaces! D’un seul coup, on ne comprenait plus rien et personne ne nous comprenait! Étourdis et perdus, nous nous sommes réfugiés dans notre « chambre » d’hôtel et avons piqué un somme…

Une heure plus tard, reposés, nous avons fait un tour de la ville, mangé un morceau dans un petit « restaurant » avant de regagner l’hôtel pour la nuit. Il faisait frais, nous étions fatigués et c’est avec un esprit heureux face à la perspective de DORMIR que nous nous sommes couchés. Maiiiiiiiiiiiiiiis quelle erreur, quelle naïveté de croire que le couvre-feu sacré de 22h aux USA, s’applique également de l’autre côté de la frontière! Le Mexique c’est BRUYANT! Nous avons eu droit à la musique et aux chants en bas de notre porte jusqu’aux petites heures du matin, en plus du concert de voitures et de klaxons qui ne se sont simplement jamais arrêtés. Nous avons quitté Guaymas dès que possible pour rouler, rouler rouler et rouler encore vers Los Mochis. Nouveau génocide de papillons, encore moins d’argent dans le portefeuille, encore des paysages quelconques, encore une ville sale et bruyante. Cette fois, on n’a même pas pris la peine de visiter la ville. On est sortis manger dans un machin sur le trottoir sans rien attendre d’autre que de pouvoir remplir notre estomac. Nous avons pris un jus de fruit en dessert dans un autre machin et discuté un moment avec le propriétaire. Ses potes se sont joints à nous et finalement, nous avons passé la soirée sur un banc, au milieu d’un trottoir à parler anglognol avec des vieux Mexicains… Une fois les sujets de conversation épuisés (ou plutôt, notre vocabulaire), nous nous sommes dit adieu et nous sommes rentrés à l’hôtel, heureux de notre soirée mais épuisés.

Le lendemain, reroute, re-génocide de papillons, re-changement de limites de vitesse toutes les 2 minutes, re-encore moins de $$$ dans notre porte-feuille, re-paysages quelconques. On commençait à en avoir vraiment marre! C’est CA le Mexique? On a bien essayé de visiter des petites villes coloniales sur notre route comme La Aduana et Alamos pour tenter de rompre la monotonie de la route, mais sans grand résultat: on trouvait les villages jolis mais sans plus…

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Église coloniale du Pueblo Magico La Aduana, La Aduana – Mexique

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Marché municipal, Mazatlán – Mexique

Était-ce la fatigue, le changement de rythme, le changement de culture, la langue? C’était peut-être tout à la fois, ou peut-être simplement le fait d’arriver dans un pays totalement inconnu, mais nous nous sentions perdus au Mexique, étrangers et indésirables. Nous nous ennuyions des États-Unis et du mode de vie que nous avions créé. Car, aprés seulement 3 jours au Mexique, nous avions l’impression désagréable d’avoir perdu notre rythme, notre vie, notre petite routine douce et rassurante pour tout recommencer dans un autre pays, dans une autre culture, dans une autre langue! Pffffffffffffffffffffffffooooooooouuuuuuuuuuuuuubbbboooooouuuuuuuuuuuuuuuuuuu, snif … C’est difficiiiiiiiile!!!

Mais en réalité, bien que ce fut un moment dur à passer, c’est encore une fois le temps qui a été notre meilleur allié. Nous nous sommes habitués au pays et, plus à l’aise, nous avons pris certaines libertés: nous avons quitté les autoroutes payantes pour prendre les « libre », plus longues mais bien plus belles et surtout surtout, moins chères; nous avons compris que Pemex est la seule compagnie station essence au pays et qu’ils profitent de leur monopole; nous argumentons avec les policiers quand ils nous arrêtent parcequ’on veut pas payer leur soit-disant « tikete de infraccion » (pour le moment ils nous ont toujours laissés repartir en nous souhaitant bon voyage !!); on mange des larves de cactus (chilocuil), des œufs de fourmis (escamoles) et des tacos bien évidemment!

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Chilocuiles ou gusanos ou gusanitos (vers de cactus), Teotihuacan – Mexique

Nous parlons espagnol le plus que nous pouvons, nous apprenons pleins de mots nouveaux dont les plus courants « cheve » ou « chela » qui veulent dire, en bon Mexicain: « cerveza »! Enfin, nous avons appris à conduire à la mode d’ici: les limites de vitesse c’est pour les piétons ou les chiens, les lignes jaunes continues ça veut surtout pas dire qu’on ne peut pas dépasser et quand il n’y a pas de place pour doubler mais qu’il faut doubler quand même, et bien on roule au milieu de la route, en plein sur la ligne jaune, comme tout le monde! Quand y’a de la place pour 2 y’a de la place pour 3!

Et grâce à ces apprentissages et à nos amis qui y ont beaucoup contribué (muchas gracias Gerardo y Andrea, y a tu familia tambièn; muchas gracias Marcos y Rocío por todo lo que hicieron para nosotros) nous nous sommes rendus compte que le Mexique c’est génial! C’est magnifique! La culture est riche, les villes sont incroyables de beauté et de surprises, les gens sont souriants (même si on leur achète pas leur bébelles…) et y’a de la musique, des fleurs, des couleurs et du monde, partout, tout le temps.

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Cité précolombienne de Teotihuacan – Mexique

Du coup, en plus de nos aventures et de notre train-train de vie (qui va finir par se répéter on ne se le cachera pas), on a envie de raconter les choses que nous visitons ici et de montrer leur beauté et leur richesse, quelle qu’elle soit. Alors vous n’aurez pas fini d’entendre parler du Mexique parce qu’il nous semble important de casser l’image qu’a ce pays au Nord de sa frontière, image d’un pays violent, drogué et corrompu jusqu’à l’os! Oui cela existe mais non ce n’est pas tout! Et comme cette facette du pays est malheureusement largement représentée, nous allons tenter de montrer l’autre, celle qui est oubliée mais qui est de loin la plus intéressante et la plus belle!

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