9 mois sur la route!

Le 4 mai déjà… Ça fait un peu plus de 9 mois que nous sommes partis mais on n’y croirait pas… Pour nous c’est comme si seulement 3 ou 4 mois s’étaient déroulés tellement nos souvenirs des jours, des semaines et des mois passés sont vifs et précis. Les États-Unis, l’Ouest Canadien, l’Amérique Centrale, Latine… Que de kilomètres parcourus, de pays traversés et de gens formidables rencontrés qui sont dans notre mémoire comme des icônes fortes, intangibles mais pourtant réelles de cette odyssée un peu folle qui a pris naissance un jour, quelque part entre Saint-Félicien et la Tuque… On voulait atteindre la Terre de Feu en voiture pour traverser les Amériques du nord vers le sud en terminant au point le plus au sud de la planète, le bout du monde, les anciennes Terres de Magellan, La Tiera del Fuego! Pourquoi? Parce que! Tout simplement… Et un peu plus de deux ans après la naissance du projet, le 23 juillet 2013, nous avons pris la route, sans trop savoir ce qui nous attendait, mais avec un rêve et un objectif en tête pour nous guider: le sud! Toujours le sud!

Neuf mois plus tard, alors que nous sommes à quelques jours d’atteindre le bout du monde (il n’aura jamais été aussi proche), nous ne réalisons pas vraiment que la cible de notre voyage est à notre portée, enfin là après 40 000 km parcourus, 15 pays traversés et des innombrables rencontres, souvent très belles, dont la séparation, chaque fois plus difficile, nous laisse des cicatrices dans le coeur. Écrire ces faits permet de réaliser sinon de comprendre qu’il a forcément dû se passer du temps pour pouvoir faire tout ça mais dans notre tête et dans notre corps, quelque part, c’est comme si nous n’étions jamais partis, ou comme si nous étions parti depuis toujours…

Sentiment étrange et paradoxal qui vient peut-être du fait que durant ces mois passés nous avons appris à vivre sur la route, à faire confiance à nos sens, notre tête, notre corps, nos valeurs et nos connaissances pour affronter toutes les situations possibles, des plus basiques (on dort où ce soir?) aux plus difficiles (on la traverse comment cette frontière?) aux plus complexes (il est corrompu ce policier?)! Apprentissage que nous avons dû faire rapidement, plus vite que les kilomètres parcourus, parce qu’il faut s’adapter vite, très vite à une situation pour pouvoir profiter du reste! Alors on a d’abord appris à nous supporter afin de devenir une équipe solide (on est toujours plus fort à plusieurs) et agréable à vivre, puis à nous passer du confort d’une maison avec douche chaude et canapé douillet, à apprendre l’espagnol, à traverser des frontières folles, à parler avec tout le monde, à demander n’importe quoi (on sait jamais sur un malentendu ça peut toujours marcher), à magouiller avec les policiers corrompus pour leur faire comprendre qu’ils n’auraient rien de rien avec nous sinon peut-être le plaisir de m’entendre chanter “Knocking on even’s door” à la guitare, à négocier tous les prix et surtout le prix de l’essence en Bolivie (oui oui on peut faire ça), à magouiller avec les magouilleurs pour obtenir des pesos argentins à bon prix, bien meilleur que le taux officiel bien évidemment!

Nous avons appris à faire confiance, à prendre des gens en voyage avec nous dans Jolly parfois sur plusieurs jours, à faire abstraction de la pollution et des déchets qui souillent les sols des rues, des villes et des espaces naturels, à oublier les seringues abandonnées sur les plages du Salvador, à lâcher un peu de lest sur l’hygiène quotidienne, à oublier le fameux mystère qu’il faut entretenir dans un couple pour faire durer le romantisme, à ne pas pleurer lorsqu’on doit dire au revoir à nos formidables rencontres et amis, à garder en mémoire les beautés des paysages traversés et à ne pas oublier les gens qui les habitent, à savourer un repas chaud, à apprécier le réconfort d’un chocolat fumant, d’une douche brûlante ou d’une main tendue… A vivre dans et avec Jolly…

C’est ainsi que nous avons appris à désapprendre ce que nous étions avant de partir dont le quotidien était rythmé par les obligations et les amusements de notre société planificatrice et prévisible, refusant le risque et la prise de responsabilités. Pour nous, chaque jour est en proie aux aléas de la nature que le moindre élément peu perturber intégralement, nous obligeant à changer nos plans en un claquement de doigts! Nous avons appris et pratiqué que sur la route, à traverser ainsi autant de pays, chacun avec des lois, des moeurs et des pratiques différentes, nous sommes les seuls responsables de nous-mêmes et de nos actes! Par exemple, dans certains pays le concept de l’assurance n’existe pas et est même quelque chose de purement inconcevable! Il nous est alors arrivé de rouler sur plusieurs milliers de kilomètres sans assurance en constatant que le meilleur moyen pour ne pas avoir d’accident reste encore celui de NE PAS avoir d’accident!

Alors on reste sur le qui-vive, on fait attention à tout, on est alerte presque 24 heures sur 24, prêts à réagir à n’importe quelle situation qui pourrait surgir de nulle part et cela fatigue… Ça use et on a des cheveux blancs qui pointent leur nez (j’ai même commencé à en perdre!) mais on est libres et c’est ça qui est grisant, jouissif au point d’oublier les jours, les semaines et les mois qui passent… Au point d’oublier que la Terre de Feu est là, toute proche… Parce que finalement, même si on aura un sentiment d’accomplissement lorsqu’on pourra enfin crier USHUAIAAAAAAAAAAAA!!!! ce n’est pas ça le plus important… Non, le plus important c’est tout ce qu’on aura appris et vécu pour y arriver. Un objectif n’a de sens que par le chemin qu’il nous fait prendre pour l’atteindre…

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Parc national Torres del Paine – Chili

Le chemin… Avec ses expériences, ses difficultés et ses plaisirs pour suivre un rêve, né de rien mais apportant tout…