Beautiful sunsets of Playa el Cuco, El Salvador

Les dernières heures d’un rêve…

Mercredi 23 juillet, 13h30, Pelotas (Brésil), au guichet de la compagnie de bus assurant la liaison Porto Alegre – Pelotas – Montevideo :

“Désolé mais il n’y a plus de place pour un départ jeudi soir… Il reste 3 places pour ce soir; sinon c’est vendredi soir…”

Plus de places pour jeudi! Vendredi… C’est impossible! L’avion part de Montevideo à l’heure du départ du bus! Reste ce soir! Aujourd’hui… Mercredi 23 juillet… Pas d’autres départs, pas d’autres compagnies, pas vraiment de choix…

“On prend deux places pour ce soir monsieur!”

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Lors de la première nuit dans Jolly… Ontario – Canada

Un an plus tôt, nous quittions Montréal de la même façon. Brutalement, comme ça, sans préméditation! Le voyage a décidé de lui même et, ironie ou coïncidence, il aura choisit la même date, 365 jours plus tard pour prendre fin; alors que nous voulions étirer le temps, voler quelques heures encore à l’épopée, histoire de retarder la fin et profiter encore un peu de cette nouvelle façon de vivre qui était la notre: simple et libre…

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Isla Pescado dans le salar d’Uyuni avec Flo et Pascal – Bolivie

Abasourdis par la décision qui venait d’être prise à ce guichet du terminal de bus de Pelotas où nous passions, dans la famille de Diego, nos derniers jours, nous avons effectués comme des automates les préparatifs du départ. Terminer le lavage du linge, finir de trier nos affaires, faire les sacs, arranger et préparer Jolly pour son repos. Nous ne pensions pas, nous agissions! Nous réagissions! Tout le monde d’ailleurs était un peu dans le même état, déboussolé par la nouvelle. Un churrasco était prévu pour la soirée, durant lequel le père de Diego et Diego lui-même devaient transmettre un peu de leur savoir-faire de Gaucho (cowboy) à Hugo. On devait passer la journée au centre-ville de Pelotas, tranquillement et profiter d’être ensemble encore un peu… Tout ça envolé en une décision! Pfffuuiiiit!

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Avec la familia mexicana à Toluca! – Mexique

Les coeurs étaient gros mais la soirée a quand même eu lieu; comme elle a pu. Alcides, le père de Diego a tout organisé et le churrasco, bien que rapide, a eu lieu, offrant un peu de répit à cette journée folle! Les émotions, à fleur de peau, pouvaient enfin s’exprimer ou du moins remplir les coeurs pour déborder au moment des adieux… À Jolly, d’abord, qui restera là, à Pelotas. Les larmes ont coulé a flot alors que nous étions assis à l’avant, simplement, pour profiter un peu de lui, de sa protection et de chacune de ses parties qui sont devenues notre source de réconfort, nos lieux de repos, d’intimité, de repli, de rencontres, d’histoires et de tant de souvenirs. Jolly qui nous a abrité chaque jour, tous les jours, sous n’importe quelle condition. Jolly qui a tout contenu et qui contenait tout. Jolly qui va garder avec lui ce sentiment de bien-être lorsque fatigués, frigorifiés ou tout simplement là, on se glissait dans nos sacs de couchage, on s’asseyait au volant pour prendre la route, on regardait défiler les paysages, on arrivait à Ushuaia… Tous ces souvenirs associés à lui et qu’il va falloir quitter! Toutes ces images dont la future séparation amplifiait la tristesse qui, maintenant, s’échappait de nos yeux telle un torrent, tentant en vain d’alléger nos coeurs lourds!

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Notre Jolly… quelques km avant Ushuaia… Tierra del Fuego – Argentine

Puis il y a eu les autres adieux… Ceux à la famille de Pelotas! Les adieux aux êtres aimés et qui nous ont aimé en retour. Ceux là non plus n’ont pas été faciles, mais ils étaient différents… Plus humains… Ça peut paraître fou, mais Jolly, de toute la peine qu’on pouvait avoir, il s’en foutait! C’est une machine! Nos amis, cette famille qui nous a accueillis, ressentait les mêmes émotions que nous! La tristesse de la séparation, la difficulté de comprendre et d’accepter que c’est fini et qu’il faut partir. Les larmes étaient réciproques, les coeurs lourds au diapason, les bras enlacés et les épaules mouillées de part et d’autre! Les larmes, bruyantes, ont cette fois apaisé véritablement la tristesse et chassé un peu la mélancolie; même si le manque restera là, au moins encore pour quelques temps… Car aussi dur que peut être un départ et aussi cruelle que peut-être une fin, surtout aussi brutale et inattendue, le temps fait bien les choses et les cicatrices finissent par se refermer laissant les belles choses en souvenir, les beaux moments dans la tête et peut-être, qui sait, l’envie de recommencer!

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La famille brésilienne et les hôtes de Jolly… Nos compagnons des dernières heures! Pelotas – Brésil

Mais pour l’heure, nous sommes seuls, nos souvenirs sont violents et les larmes sont encore au bord des yeux… Sauf qu’elles sont plus sereines, plus douces et roulent gentiment sur les joues lorsqu’elles sont trop lourdes pour rester dans les yeux. La violente tristesse secouée de spasmes est partie car la gratitude prend le dessus! Oui, merci! Merci à tout ceux que nous avons rencontré, tout ceux qui nous ont accompagné, qui ont croisé notre route, qui nous ont offert un moment de partage, que ce soit quelques minutes au détour d’un chemin ou quelques jours voire semaines avec nous dans Jolly. Merci aux amis des premiers moments qui ont marqué le voyage d’un heureux départ et aux compagnons des dernières heures qui nous ont rempli le coeur!

Merci à tous les peuples, toutes les cultures, toutes les beautés que nous avons rencontrés, croisés ou traversés pour nous avoir ouvert les yeux et appris l’humilité et l’amour face aux différences, quelles qu’elles soient!

Enfin, merci à nos familles pour nous avoir laissés partir et soutenus tout au long du voyage! Il en a valu la peine!