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Et le retour c’est comment?

Le soleil se lève sur notre fenêtre. De notre lit j’aperçois les morceaux de poussière qui planent dans le rayon de lumière qui traverse notre chambre. Il ne fait ni chaud ni froid. On est ni bien ni mal, on se réveille doucement dans notre nouveau décor… Je ne fais rien, ne pense à rien, j’attends… Et j’observe mon esprit vagabonder quelque part entre nostalgie et mélancolie… Quelques larmes salées roulent sur mon visage célébrant singulièrement cette troisième semaine de retour de voyage…

“Et alors, nous demandent nos proches, pas trop dur le retour?

Et bien oui… Et non… Enfin c’est difficile à dire. En trois semaines les choses se sont enchaînées à un rythme fou qui nous entraînait dans une sorte de tourbillon dans lequel nous n’étions plus que des machines accomplissant des tâches obligatoires pour revenir à “la vie normale”. Notre voyage apparaissait alors comme un rêve un peu irréel, un peu flou, comme un mirage qu’on aurait inventé et cela nous prenait des efforts de pensée et de concentration pour nous ramener à la raison, nous faire réaliser que oui, nous avions bel et bien traversé les Amériques ces 365 derniers jours et que ce que nous en avons vécu, a réellement existé. Mais comment le partager?

Comment raconter à nos familles, à nos amis, à nos proches notre vie de routards? Comment montrer les différences que nous avons vues et que nous avons eu la chance d’expérimenter? Comment faire vivre les émotions qui nous ont transportés? Comment expliquer la route? Comment expliquer le froid, la peur, la joie, les peines, les rencontres, les paysages, les moments tous simples de plénitude? C’est difficile et ça ne se fait pas en une fois, au détour d’une conversation rapidement expédiée pour un sujet plus proche de la vraie vie ou de la réalité. Non… Pour transmettre et réussir à faire vivre à l’autre notre aventure, ou du moins une partie, il faudrait des heures voire des jours avec beaucoup de patience et d’avidité d’histoires. Car les récits ne viennent pas seuls et les mots qui les créent non plus. Il leur faut de la place, du temps, de la passion et dans tout le tumulte lié au retour, ces ingrédients nous ont malheureusement fait défaut… C’est la partie la plus difficile de revenir: cette sorte de décalage qui s’installe entre nous et notre entourage mais que nous seuls ressentons, ou pensons ressentir… Car même si nos anciennes habitudes reprennent leur place dans cet environnement que nous connaissons bien, nos repères ont tout de même changé et n’appartiennent pas exactement au même monde. C’est comme un duel… Un duel entre deux réalités qui nous habitent mais qui ne savent plus comment s’exprimer car incomprises, malvenues ou maladroites et, par conséquent, parce qu’elles n’ont pas leur place! L’entourage ne comprend pas, ne peut pas comprendre! Et nous dans tout ça, on ne sait pas bien où s’accrocher!

Mais heureusement il y a l’autre partie du retour, le côté joyeux et festif des retrouvailles avec les êtres chers, ceux qui nous ont manqué et qu’il nous tardait de retrouver. Ainsi, entre deux tâches administratives à accomplir, on retrouvait nos amis, la famille qui nous rendait visite ou à qui nous rendions visite et qui nous plongeait dans la douce euphorie que procurent les retrouvailles avec les êtres aimés. Ça, c’est la partie la plus belle du retour! Celle où l’on peut enfin serrer dans nos bras, embrasser et toucher ceux qu’on aime! Sentir leur présence auprès de nous au lieu de l’imaginer et pouvoir enfin plonger nos yeux dans les leurs sans écran interposé! Oui, cette partie là est agréable et compense beaucoup l’autre réalité du retour. Et même si les conversations ne sont pas nécessairement portées sur notre voyage, il n’en reste pas moins qu’on est heureux d’être là, tout simplement.

“Alors c’est quoi vos plans maintenant? qu’on nous demande souvent…

Oui… C’est quoi les plans? Que se passera-t-il lorsque la tempête sera calmée et que la poussière retombera? Qui serons-nous dans tout ça? Vers quoi ou vers où irons-nous? On ne sait pas trop… On verra bien… Une chose est sûre c’est qu’il faudra vivre ce qu’il y aura à vivre et traverser une phase d’adaptation qui sera plus ou moins longue; plus ou moins difficile… Mais nous ne sommes pas seuls: des projets nous accompagnent! Écrire un livre, continuer de travailler et vendre nos photos, poursuivre le blog comme un blog de voyage et moins comme un carnet de route, continuer d’aller à la rencontre des gens, en accueillir chez nous, inviter tous nos amis de voyage à notre mariage, créer une auberge écologique avec un camping sauvage, récupérer Jolly et lui refaire la carrosserie pour qu’il soit encore plus beau et encore plus pratique, reprendre la route et rêver aux grands espaces encore inconnus qui nous attendent… Oui! Il faut continuer de rêver et même si tous les rêves ne verront certainement pas le jour, ils nous aideront au moins à poursuivre notre chemin et à ne pas laisser notre aventure partir aux oubliettes ou à ce qu’elle ne devienne qu’une jolie parenthèse dans notre vie.

Quant aux autres, ceux un peu plus sérieux qui naîtront un jour, ils seront à l’image de nous, de notre vie et des valeurs que nous avons envie de partager et transmettre! Un jour… Peut-être…

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L’arrivée à Montréal et les retrouvailles avec la famille, le 27 juillet dernier – Aéroport de Montréal, Québec Canada